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Cyrille Déchenoix, du Aeschlimann « pur jus », mais le courage en moins.

De la « troïka » Aeschlimann – Fischer – Déchenoix qui ont annoncé vouloir chacun réunifier derrière leur propre nom la droite asniéroise au deuxième tour des municipales de 2014, Cyrille Déchenoix est sans doute le moins connu. Pourtant, à 40 ans aujourd’hui, il fait de la politique depuis plus de 20 ans. Voici son parcours, rédigé à partir d’articles parus dans différents journaux, d’interventions filmées et d’informations recueillies sur la blogosphère locale. Un grand merci en particulier au site www.asnierois.org qui depuis plus de dix ans archive consciencieusement la vie politique asniéroise.

Premier candidat déclaré aux municipales de 2014, Cyrille Déchenoix bat le pavé depuis le début du mois de septembre2012, histoire de prendre quelques longueurs d’avance sur ses concurrents de droite, ses ex-futurs amis ou ennemis, Josiane Fischer et Manuel Aeschlimann. L’homme, « Asniérois depuis quatre générations », comme il aime à se présenter, veut incarner le renouveau de la droite asniéroise, loin des querelles partisanes, des ambitions individuelles et des égos surdimensionnés et surtout loin des affaires qui ont causé la perte de l’UMP en 2008 après un demi-siècle de règne sans partage de la ville. Pourtant en regardant d’un peu plus près son parcours, Cyrille Déchenoix n’est guère un novice en politique et surtout il apparaît comme un acteur important des sombres affaires de la mairie qui ont fait les choux gras de la presse depuis 15 ans.

Le jeune Cyrille entre dans la vie publique asniéroise, accroché aux jupes de Anna Déchenoix, sa maman, conseillère municipale et militante active du RPR local dans les années 80. Il se fait connaître en devenant dès 1989, membre du conseil communal des jeunes d’Asnières puis délégué des jeunes RPR. Au début des années 90, dans la guerre de succession au maire vieillissant Michel Maurice Bokanowski que se livrent deux clans au sein du RPR local, le jeune Déchenoix roule pour Georges Tranchant, député de la circonscription, face à Frantz Taitinger.

Un temps partenaire de Bernard Tapie dans la distribution des produits Toshiba avant de se fâcher avec le président de l’OM, Georges Tranchant a bâti son empire de casinos à partir de 1986, après avoir appris de la bouche de son ami et voisin de Neuilly, Charles Pasqua alors ministre de l’intérieur, que le gouvernement de l’époque se préparait à autoriser l’exploitation des machines à sous en France. Tranchant va devenir alors le premier importateur et exploitant de machines à sous de l’hexagone.

Heureux en affaires, malheureux en politique, Tranchant perd contre Taitinger aux élections législatives de 1993 et met un terme sa carrière politique et décide alors de se consacrer à ses casinos, laissant quelques orphelins dans le RPR local dont le jeune Déchenoix. Sur sa lancée, Taitinger conquiert le fauteuil de maire dès l’année suivante.

649 voix.

En 1997, Jacques Chirac dissout l’assemblée nationale. Frantz Taitinger, candidat sortant se représente donc. Il trouve en face de lui, un candidat divers droite qui entend incarner l’ancienne ligne Tranchant. Il s’agit de Cyrille Déchenoix. Pour sa première confrontation devant les urnes, le fiston d’Anna pouvait rêver mieux. Le jeune dissident fait un score insignifiant (649 voix, soit 1,92 %). Isolé au sein du RPR local, bredouille de tout mandat électif, la carrière politique du jeune Déchenoix semble dès lors être ponctuée d’un point final, jusqu’à ce que Manuel Aeschlimann lui tende la main pour lui éviter la noyade.

Celui-ci est alors 1er maire-adjoint, délégué à la communication et conseiller général du canton du centre-ville depuis 1994.

Une autre forte personnalité de l’équipe de Frantz Taitinger, commence cependant à agacer le numéro 2 qui se verrait bien numéro 1 et ce, le plus rapidement possible. Elle est surnommée au château « Fischer-Price, le jouet de Taitinger ». (Philippe Bidalon, l’Express, 28 septembre 2006). Il s’agit de Josiane Fischer alors maire-adjointe chargée du logement, du patrimoine et des espaces verts qui voue une admiration sans borne à Monsieur le député-maire. Bien lui en a pris car c’est elle qui est désignée candidate RPR pour les régionales de 1998. Manuel Aeschlimann voit dès lors en Josiane Fischer une concurrente potentielle pour son avenir politique.

Empêtré dans le dossier du stationnement payant en zone résidentielle, soutenu officiellement par Manuel Aeschlimann, mais qui en coulisse lui savonne la planche, Taitinger démissionne du conseil municipal en 1999. Aeschlimann devient alors maire d’Asnières et conseiller général.

Après un galop d’essai de deux ans, en 2001 Aeschlimann est bien entendu candidat à sa propre succession et compose sa liste. On y retrouve en bonne position Marie-Dominique sa femme, également une partie de l’équipe précédente, mais aussi Cyrille Déchenoix qui a surnagé depuis son naufrage de la législative de 1997, grâce à Manuel Aeschlimann qui en a fait son homme de main et le propulse directeur de sa campagne électorale.

L’affaire du corbeau

La réélection de Manuel Aeschlimann ne fait aucun doute. Depuis 40 ans la droite règne sans partage dans cette ville et le contexte national n’est guère favorable à la gauche. C’est alors que se produit une affaire peu banale. La campagne bat son plein. La liste de Manuel Aeschlimann est bouclée, sauf qu’entre l’instant où celle-ci quitte Asnières et le moment où elle doit être déposée en Préfecture à Nanterre, quelques noms disparaissent à l’insu des protagonistes. Josiane Fischer et Christian Leblond sont ainsi débarqués alors qu’ils ont rempli et signé les documents officiels de candidature et qu’ils ont mis la main au portefeuille pour financer la campagne au même titre que les autres colistiers.

Ce n’est pas tout. Au même moment des tracts diffamatoires anonymes atterrissent dans les boîtes aux lettres des électeurs mettant en cause directement Josiane Fischer qui « aurait touché de l’argent de promoteurs immobiliers » et qu’elle « a été incapable de mener une politique du logement satisfaisante ». Josiane Fischer bien évidemment porte plainte. La presse s’empare de l’affaire. Marisa Faion du Parisien narre la suite du feuilleton : « Les auteurs peu scrupuleux ont laissé des traces. Pour les policiers, il a simplement suffit, de vérifier chez les imprimeurs officiels de la mairie, puis d’interroger les distributeurs de tracts ainsi que le directeur de la campagne pour lever le voile et démasquer les corbeaux. L’imprimeur a notamment déclaré qu’il avait reçu une commande de 500 tracts émanant de Cyrille Déchenoix ».

L’affaire va durer quatre ans et se terminer à la cour d’appel de Versailles. Pour se disculper, Le courageux Cyrille Déchenoix commence par balancer son mentor aux policiers, expliquant que c’est Manuel Aeschlimann qui a tout manigancé et qui a notamment écrit ce brulot. Déchenoix revient ensuite sur ses aveux, par écrit, le jour où Aeschlimann est à son tour auditionné. Devant la Cour, Cyrille Déchenoix essaie encore d’invoquer la loi d’amnistie de 2002 pour éviter une condamnation. En vain. Tandis qu’Aeschlimann s’en tire, sans égratignure. Son directeur de campagne est en revanche condamné à 500 euros. Une peine légère mais une affaire qui démontre de quelle méthode Déchenoix est capable d’user pour dézinguer un adversaire potentiel, même au sein de son propre camp.

Pour l’affaire du Corbeau. Voir

http://www.asnierois.org/fw/html/modules.php?name=News&file=article&sid=68 http://www.asnierois.org/fw/html/modules.php?name=News&file=article&sid=458 http://www.asnierois.org/files/arretcaversaillesfischer.pdf

Conseiller général en 2002.

Est-ce pour le remercier de ce service rendu de l’avoir disculpé par écrit dans l’affaire du Corbeau ? Toujours est-il qu’Aeschlimann décide, après avoir été élu député en juin 2002, de lâcher son poste de conseiller général et de l’offrir sur un plateau à Cyrille Déchenoix. Celui-ci est élu en octobre avec 67 % des suffrages, mais avec un taux d’abstention de 75 %. Le fiston d’Anna siège donc désormais au département. Au château, il fait partie de la garde rapprochée de Manuel Aeschlimann, en occupant le poste de maire-adjoint délégué aux sports et à la jeunesse. Un rétablissement pour le moins spectaculaire, cinq ans après avoir bu la tasse pour sa première candidature à un scrutin local.

Le jeune Déchenoix s’aperçoit rapidement que sa nouvelle position au château peut aussi servir les intérêts de ses proches.

Les fêtes de Noël 2002 auront lieu dans quelques semaines. Pourquoi lancer des appels d’offre pour son organisation lorsque des amis peuvent très bien faire le job ? C’est ce que va organiser l’élu. En 2002 et 2003 l’organisation des fêtes de Noël est confiée à la société Système D, dirigée, par un proche, sous la forme de deux bons de commande d’un montant de 40 000 euros. Il faut également veiller à la sécurité pour le bon déroulement de la manifestation. Pourquoi faire par les autres, ce que l’on est capable de faire soi-même ? Cyrille Déchenoix participe à la création d’une société, qui reversera un loyer à une société civile immobilière comptant parmi ses associés la mère de l'élu.

Le contrat est de 12 000 euros. Somme plutôt modeste, mais lorsque l’on sait que cette entreprise n’aura réellement été en exploitation que les quelques jours qu’ont duré les festivités, ce contrat apparaît tout de même fort intéressant.

Il faudra attendre 2006 pour que la Brigade de Répression de la Délinquance Financière (BRDE) mette son nez dans cette affaire. Il faudra encore six années supplémentaires pour qu’enfin l’affaire soit jugée au tribunal correctionnel de Nanterre, l’élu ayant une nouvelle fois développé toutes sortes de stratagèmes pour retarder le jugement afin qu’il y ait prescription.

Hélas pour lui, le jugement est tombé le 29 juin 2012. Cyrille Déchenoix a été condamné pour prise illégale d’intérêt. Il écope de six mois de prison avec sursis et doit payer une amende de 5 000 euros et des dommages et intérêts à la ville d’Asnières de 10 000 euros. L’élu n’a pas fait appel de sa condamnation, la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez ne le sanctionnant pas d’inéligibilité.

Condamné une première fois pour diffamation, puis une seconde pour prise illégale d’intérêt, question casier judiciaire, Cyrille Déchenoix rivalise désormais avec d’autres barons UMP du département dont son ex-mentor Manuel Aeschlimann. Pour un homme qui ambitionne d’incarner le renouveau, cette manière de faire de la politique ne semble pourtant pas franchement nouvelle.

Pour l’affaire du marché de Noël, voir :

http://www.asnierois.org/fw/html/modules.php?name=News&file=article&sid=1192

Coup de poignard dans le dos.

Côté politique, l’élu départemental et local fait dans la discrétion. Il intervient peu au conseil général, comme en conseil municipal. Cette discrétion fait les affaires de Manuel Aeschlimann qui apprécie la docilité de Déchenoix alors que le conseil municipal en cette fin de mandat est devenu une pétaudière, allumée par des conseillers de la majorité municipale entrés en dissidence pour dénoncer le système Aeschlimann.

Voir séance du conseil municipal du 13 décembre 2007.

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/asnieres-videos-surprenantes-d-une-33829

Pour les élections municipales de mars 2008, Cyrille Déchenoix est donc en bonne place sur la liste UMP. Il est également candidat à sa reconduction dans la cantonale du centre-ville. Tout devrait normalement bien se passer. C’est sans compter sur l’esprit de revanche de Josiane Fischer qui présente une liste divers droite qui s’allie au second tour avec la liste de gauche et celle du Modem. Manuel Aeschlimann vacille au premier tour et tombe au second. Il fait perdre à la droite une ville qui lui était acquise depuis 1959.

Le coup est rude également pour Cyrille Déchenoix. Il conserve cependant son canton, mais doit avoir recours à un deuxième tour. Pour un canton jugé imprenable pour la gauche, il réalise un score plutôt modeste, avec 53 % des voix face à la candidate socialiste Laurence Lenoir. En six ans il a perdu 14 points.

Comme ses onze colistiers du groupe Asnières en Marche, au premier conseil municipal de la nouvelle mandature, il est invité à s’asseoir sur les bancs de l’opposition au dernier rang, juste derrière son chef de file Manuel Aeschlimann qui préside donc le groupe.

Pour plus de transparence, la nouvelle majorité a décidé que dorénavant, le conseil sera retransmis en direct sur Internet. Sa deuxième réunion plénière se tient le 7 avril 2008. Plusieurs centaines d’Asniérois sont donc connectés au site de la ville et suivent le débat, rude pour Manuel Aeschlimann et son équipe. En effet il porte sur le rapport de la Chambre Régionale des Comptes que l’ancien maire n’a jamais voulu rendre public.

Le document tirait la sonnette d’alarme sur la mauvaise gestion de la ville, qui s’est traduite par une augmentation importante de la dette sous son mandat (passage de 105 millions d’euros en 2001 à 182 millions d’euros en 2008). Ce même rapport mettait également en cause toute une série de faits pas très réglos, comme l’utilisation abusive de chauffeurs par des adjoints, etc.

Aeschlimann essaie tant bien que mal de défendre son bilan face aux questions de la nouvelle majorité. C’est le jeu normal de la démocratie. C’est alors que les internautes et les autres élus municipaux, vont assister, médusés, à un coup de théâtre, digne d’une tragédie grecque que le plus grand spécialiste du genre, Sophocle n’aurait pas imaginé.

Le coup ne vient pas d’un des membres de la nouvelle majorité, mais de son propre camp. il est signé Cyrille Déchenoix. Assurément, c’est un coup de poignard dans le dos. Vu sa réaction, Manuel Aeschlimann n’a pas été averti du contenu de la prise de parole de Déchenoix. Celui-ci accuse son mentor d’avoir caché pendant son mandat la situation financière de la ville à ses propres colistiers et de dénoncer les méthodes autocratiques d’Aeschlimann. Bref, courageux mais pas téméraire, Déchenoix ne veut pas endosser le bilan de l’ancienne majorité, dans laquelle il était pourtant un rouage important. Quelques jours plus tôt, dans une réunion publique de fin de campagne, Déchenoix louait encore « le bilan exceptionnel d’une équipe pour laquelle j’ai été fier de contribuer, modestement, menée par Manuel ».

Voir la réunion publique http://www.youtube.com/watch?v=pseeTZUSh8A

Voir le conseil municipal du 8 avril 2008. http://www.youtube.com/watch?v=-SN1Qrwg2X0

Déchenoix n’était donc pas au courant de la dette abyssale de la ville ? Certes Manuel Aeschlimann pendant tout son mandat ne s’est pas montré comme le démocrate le plus zélé, Mais Déchenoix, à l’instar de la majorité des Asniérois, connaissait ce rapport consultable d’un simple clic sur Internet depuis cinq mois.

Le conseiller général doit penser tout simplement que son heure est venue, même si la prochaine municipale…c’est dans six ans.

Quel épilogue ?

Pendant les cinq premières années du mandat actuel, Déchenoix resté isolé. Aucun des élus qui ont fait dissidence avec Aeschlimann au cours du mandat ne l’a rejoint. Déchenoix attend son heure, seul !

Pour la législative de juin 2012, il expédie aux Asniérois une lettre expliquant pourquoi il n’est pas candidat. Etrange. Il ne s’investit nullement dans la campagne, ne soutient pas le candidat UMP. Il parie sur la défaite de Manuel Aeschlimann qui effectivement perd.

Dès septembre 2012, il sort du bois. Tracts, journaux personnels, affiches, il veut incarner, comme il le clame, une nouvelle droite asniéroise, soutenu pour cela par Patrick Devedjian, président du Conseil général, celui-là même qui veut nettoyer les écuries d’Augias du 92. En choisissant Cyrille Déchenoix, condamné pour prise illégale d’intérêt en 2012, le patron du CG risque tout de même un petit brouillage dans le message.

Et certains espèrent déjà un grand rassemblement de la droite autour de Déchenoix s’il arrivait en tête des candidats de droite au soir du premier tour. Mais une telle fiction peut-elle devenir réalité, notamment avec Josiane Fischer, vu le lourd contentieux entre les deux personnes depuis l’affaire du Corbeau en 2001 ? D’autre part, celle qui fut adjointe au maire de Taitinger, Aeschlimann puis Pietrasanta, incarne encore la lutte contre la corruption politique, ayant mené sa liste en 2008 sous l’étiquette de l’association Anticor. En tant que première adjointe de Pietrasanta elle avait obtenu, à sa demande, que l’intitulé de sa délégation comporte la mention « transparence des services publics concédés ». Faire liste commune avec quelqu’un qui a été condamné récemment pour une prise illégale d’intérêt en raison justement d’un manque de transparence dans l’attribution d’un marché public…tout cela sentirait quand même un peu le soufre.

Voir aussi : Le jour où Manuel Aeschlimann a mis fin aux rêves UMP de Cyrille Déchenoix Le jour où Manuel Aeschlimann a mis fin aux rêves UMP de Cyrille Déchenoix

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