Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Manuel Aeschlimann, trouble dans le genre

Dans un tract diffusé devant les écoles de la ville, l’équipe de Manuel Aeschlimann se prononce contre une prétendue « théorie du genre ». (Tract que vous pouvez retrouver en cliquant ici)

Nous poursuivons donc notre travail de fact checking en décortiquant ce nouveau tract

La théorie du genre ou le grand malentendu

Sans grande surprise, Manuel Aeschlimann reprend donc l’expression fantasmée de « théorie du genre » confondant avec les études de genre, « les genders studies » qui se transforment, après une traduction volontairement biaisée et partisane de certains, en « théorie du genre ».

Reprenons ici les mots de la ministre Najat Vallaud- Belkacem pour expliquer ce que sont les études de genre : « La “théorie du genre”, ça n’existe pas, je ne l’ai jamais rencontrée. Ce qui existe en revanche, ce sont les études du genre dans plein de champs disciplinaires. Vous avez des chercheurs qui s’intéressent à la façon dont la société organise les inégalités entre hommes et femmes. »

Pour aller plus loin, vous pouvez cliquer sur cet article du monde ou bien celui de rue 89 ou encore cette illustration.

Vincent Peillon veut-il «arracher les enfants à leurs déterminismes » ?

Reprenons tout d’abord la réelle citation et la question posée par le JDD le 1 septembre 2013, texte consultable ici

JDD : « Cela implique également que l’élève se lève quand le professeur entre dans la classe? »

Vincent Peillon : «Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral. C’est tout le contraire. Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper car le point de départ de la laïcité, c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. Je ne crois pas du tout à un ordre moral figé. Je crois qu’il faut des règles, je crois en la politesse par exemple. »

Depuis la mise en place des lois Ferry sur l’éducation, rendant obligatoire l’instruction en France, l’Education nationale s’est toujours assignée la tâche d’éduquer, dans un ordre de valeurs morales, les élèves. Jules Ferry disait ainsi que « l'instruction religieuse appartient aux familles et à l'Eglise, l'instruction morale à l'école ».

Cette vision de l’éducation est restée la même depuis lors comme en atteste par exemple les propos de Luc Chatel, alors ministre de l’éducation de François Fillon lorsqu’il déclare au parisien le 31 Aout 2011 «A l'école, on n'apprend pas que des contenus de programmes, mais aussi un comportement, et cela doit nous servir tout au long de la vie»,

« L’école va éduquer à réfléchir sur l’orientation sexuelle des jeunes »

Sous couvert d’égalité entre les sexes, le gouvernement agirait pour faire réfléchir les jeunes sur leur orientation sexuelle. Si l’affirmation d’une réflexion à l’école sur l’égalité des sexes est exacte, il n’est pas question d’une éducation à l’orientation sexuelle. La circulaire « PRÉPARATION DE LA RENTRÉE 2008 C. n° 2008-042 du 4-4-2008 » (consultable ici) et décidée sous le gouvernement de Monsieur Fillon en 2008 développe effectivement un chapitre sur le lutte contre les discriminations. Vous trouverez ci-dessous le chapitre 9 en entier de la circulaire en question :

9 - Lutter contre toutes les violences et toutes les discriminations, notamment l’homophobie

L’école doit offrir à tous les enfants des chances égales et une intégration réussie dans la société. Sa mission est donc aussi de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, de permettre une prise de conscience des discriminations, de faire disparaître les préjugés, de changer les mentalités et les pratiques. Au sein des établissements, une importance particulière devra être accordée aux actions visant à prévenir les atteintes à l’intégrité physique et à la dignité de la personne : violences racistes et antisémites, violences envers les filles, violences à caractère sexuel, notamment l’homophobie.
Par tous les moyens, prévention et sanction, la lutte contre la violence dans et autour des établissements demeure une priorité abso
lue.

On le voit : la volonté de faire de l’école un lieu d’éducation à l’égalité et notamment sur la question homme/femme et de l’orientation sexuelle est un processus engagé depuis 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, processus non critiqué alors par Manuel Aeschlimann.

« Pour diffuser cette idéologie, le ministre a déjà fait visionner par 46000 élèves le film Tomboy mettant en scène un petit garçon qui s’interroge sur son identité sexuel «

Passons outre le fait que ce film parle d’une petite fille et non petit garçon , preuve que les membres de l’équipe Aeschlimann n’ont même pas pris la peine de s’intéresser à ce film pour parler du fond de l’affirmation. Ici encore, le Monde du 31 janvier 2014 apporte les explications suivantes :

« Le film Tomboy raconte l'histoire d'une petite fille de 10 ans qui se fait passer pour un garçon. Elle noue une idylle avec une autre petite fille.

Ce film fait partie, depuis septembre 2012, d'une liste qui comporte une centaine de titres prévus dans le programme «école et cinéma», qui se décline en «collèges au cinéma» et «lycéens et apprentis au cinéma».

Ce programme n'est pas nouveau : il existe depuis 1994. Il s'agit d'une collaboration entre ministères de l'intérieur, de la culture et le Centre national de la cinématographie (CNC).

C'est ce dernier qui propose un catalogue de films autour desquels les élèves travaillent. Le choix des œuvres est laissé à l'instance nationale qui réunit une commission. La commission « école et cinéma » a été nommée en 2011 – et restera en place jusqu'en 2014 –, donc avant l'arrivée de la gauche au pouvoir. Elle compte des représentants des ministères de l'éducation nationale, de la culture, mais aussi de l'Association des départements de France, du Centre national de documentation pédagogique, des associations de cinéma ou d'exploitants de salles…

Tomboy n'a donc pas été choisi par le gouvernement ou par un ministre, ni par des personnalités motivées par un quelconque agenda secret. »

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/31/education-sexuelle-et-genre-5-autres-intox-decryptees_4358039_3224.html

« Dans les circulaires officielles, le ministre de l’éducation nationale fait la promotion de la ligne Azur, ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement sur leur orientation et leur identité sexuelle »

Appuyons- nous ici sur le journal le Monde qui explique ce qu’est cette fameuse ligne Azur

« La «Ligne Azur» a déchaîné l'ire des « anti-gender». Cette structure gère essentiellement un numéro vert d'écoute pour les personnes en souffrance du fait de leur orientation sexuelle, notamment les jeunes adolescents. Elle émane en réalité de Sida info service, en place depuis 1997.

Et là encore, tout est bon pour fustiger l'« idéologie du genre ». Le partenariat entre Ligne Azur et l'éducation nationale date de 2009, non de 2012. Il a été renouvelé chaque année, par la gauche ou la droite, sans soulever la moindre critique jusqu'ici.

Contrairement à ce que raconte le site Theoriedugenre.fr, initié par le mouvement étudiant de droite UNI, la Ligne azur ne réalise pas d'interventions, ni à l'école, ni au collège, ni au lycée. Le service distribue des «kits» informatifs, rappelant essentiellement qu'il existe pour les jeunes qui ont besoin de parler. »

Quelques affirmations sont néanmoins vraies sur le tract distribué par Manuel Aeschlimann. Pour être totalement transparent avec nos lecteurs, voici les deux seules phrases véridiques du tract de Monsieur Aeschlimann que nous ne remettons aucunement en doute : "Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants" et "Nous sommes tous les deux parents de jeunes enfants".

MAJ du 5/02/14 : nous rajoutons en lecture l'article de nos amis d'Asnieres 100% desintox sur la ligne Azur ainsi que le fact checking du Monde.fr sur le même sujet

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :